1) les origines
Un des fondements de la religion cathare est le dualisme
au sens manichéens du terme. Le dualisme serait une théorie ou
une doctrine religieuse formulée par Manès en Asie mineure au
III ième siècle après J.C., s’inspirant à
la fois de la bible, de la pensée grecque, de religions orientales et
d’autres idées ayant partiellement influencés le judaïsme.
Manès a été diabolisé par le christianisme, dans
la logique des rivalités entre religions, n'est-ce pas une attitude "manichéenne"
a son tour ? Manichéisme, il n'y en a pas vraiment eu en Europe. En revanche,
l’idée de base philosophique, le dualisme, s'y est répandue
dans le haut moyen-âge a partir de l’empire Romain d'Orient. Le
dualisme a été à l’origine de nombreux mouvements
progressistes, un des plus connu étant celui des Bogomils en Bulgarie,
un vrai soulèvement populaire contre la féodalité. Les
hérétiques du Nord de la France étaient appelés
"bougres", précisément par déformation du mot
"boulgre" qui voulait dire "bulgare". L’influence
des Bogomils sur le mouvement cathare est certain car il est à noter
la présence du pape bogomil Nicetas lors du premier Concile cathare à
Saint Félix de Lauraguais en 1167. Le but de la visite de Nicetas est
sujet à controverse. Dans l'actuel "Midi de la France", les
cathares médiévaux étaient dualistes, bien qu'en réalité
sur le plan philosophique on peut distinguer deux sortes de dualisme : "le
dualisme absolu" et "le dualisme mitigé". Pour certain,
la venue de Nicetas correspond à l’introduction du dualisme absolu
en Occident afin de limiter l’expansion du dualisme mitigé. Il
aurait, à cette occasion, ordonné à nouveau tous les dignitaires
et parfaits occidentaux présents. Pour d’autres, sa venue fut simplement
une question d’organisation ecclésiale, d’ordinations et
de bornage. Il aurait ainsi pu faire bénéficier les cathares de
son expérience des églises orientales.
Comme je l’ai déjà dit, le catharisme est basé sur
une notion de dualité entre le bien et le mal. Tous ce qui se trouvait
sur terre correspondait au mal.
2) Les différentes étapes de la vie du cathare
Au départ simple sympathisant, une personne
pouvait devenir croyant puis consolé et enfin parfait. Une seule vie
ne suffisait pas à devenir parfait et c’est pourquoi les cathares
croyaient en la réincarnation. On peut donc répondre oui à
la question : peut-on être cathare sans être parfait ? En effet,
devenir parfait demande beaucoup de sacrifices et un long apprentissage, aussi
la réincarnation permet à une âme d’accéder
à cette ultime étape. Le parfait sur terre n’aura plus à
s’incarner et pourra définitivement quitter le monde matériel
où le mal est omniprésent. Néanmoins je me pose une question
sur la réincarnation. En effet, les cathares croyaient que les esprits
pouvaient également se réincarner dans les animaux, ce qui explique
au passage leur régime alimentaire interdisant de tuer et de manger un
animal. Je me demande alors comment un esprit pourrait progresser spirituellement
dans le corps d’un animal après avoir été dans celle
d’un homme. Je pourrais imaginer que c’est le sort d’un esprit
qui serait punis à la suite de mauvaises actions durant sa vie d’homme.
Mais là encore, qui pourrait décider d’une telle punition
? Dieu ? Comment Dieu pourrait punir un esprit, lui qui représente l’Amour
et le Pardon.
De plus, les animaux à sang froid n’étaient pas considérés
comme étant des animaux dans lesquelles on pouvait se réincarner.
La raison serait du fait de leur laideur. C’est la « legaza »
dans laquelle aucun esprit ne s’incarne. Là encore je trouve étonnant
que le critère de la beauté soit retenu dans la philosophie cathare
pour définir les animaux sujets à l’incarnation. On sait
bien que c’est un critère complètement subjectif qui m’étonne
d’avoir été choisi par les cathares. Je pense personnellement
que la vraie raison viendrait plutôt du fait que le sang de ces animaux
était froid. Comme on le verra un peu plus tard, le sang d’un être
est lié à son âme et un sang froid pour des raisons qui
m’échappent ne peut apparemment pas véhiculer une âme
dans un corps de chair.
3) le corps humain
Le composé humain est partagé en trois parties : le corps, l ‘âme et l’esprit.
• le corps de chair
C’est la représentation même du mal. En effet le corps est transitoire et voué à la décomposition. Eckbert écrira : « Toute chair est l’œuvre du diable ». Une femme enceinte se trouve en état de péché car elle vient d’emprisonner une âme dans un corps de chair. Le corps faisait donc partie intégrante de ce bas monde matériel. Pourtant je me demande comment on pouvait reprocher à une femme non-parfaite d’attendre un enfant. N’est-ce pas le long mécanisme de l’apprentissage de l’esprit ?
• l’âme
L’âme est liée au corps avec lequel elle périt. L’âme serait en fait le sang qui fait vivre le corps.
• l’esprit
L’esprit serait un être céleste déchu, lié à un corps et une âme de ce monde. Cet esprit est promis au salut.
4) Les sacrements et les rituels cathares
a.Une religion sans église.
Les cathares n'avaient pas de lieu de culte, peu de sacrements et niaient l'eucharistie. C'est un clergé itinérant qui délivre les sacrements et dévoile les textes, dans les maisons, les châteaux ou sur les places de village.
b. Le rite du "consolament"
Les écrits donnent une image de la vie du simple croyant assez proche de celle d'un fidèle catholique. Incités à se conduire comme de bons chrétiens, les croyants saluent par une triple génuflexion, le meliorament et assistent aux prêches, voire aux cérémonies toujours collectives, comme le "consolament". Le "consolament" est un véritable baptême délivré en deux occasions, soit lors d'ordination des nouveaux prêtres réservés aux novices, des hommes et des femmes, croyants depuis au moins un an, ou alors aux croyants qui le demandaient à l'article de la mort. Pendant une période probatoire fixée à un an, le novice pouvait ainsi s'entraîner aux abstinences rituelles assez rigoureuses. Concrètement le croyant se mettait à genoux, une main sur le livre des évangiles, faisait la promesse d'adhérer à la foi cathare en déclarant accepter la règle de l'abstinence. Il recevait ensuite d'un "parfait" la "consolation", une simple imposition des mains.
c.Les abstinences rituelles
Continents, abstinents, végétariens,
non-violents, pauvres, entraînés à la parole publique, à
la prédication, instruits des textes sacrés, les cathares parcourent
les routes. Le parfait doit respecter l'abstinence, s'abstenir de tout rapport
sexuel, de consommer de la viande, des œufs, du lait. Le poisson est curieusement
autorisé, c’est une chose que je ne comprends pas. Je me suis d’abord
dit que les poissons devaient avoir le sang froid mais il n’en est rien.
De plus le poisson était le signe du christ et également l’ère
astrologique des deux millénaires qui viennent de s’écouler.
Peut être que les cathares croyaient que seuls les animaux terrestres,
respirant l’air avec des poumons, pouvaient être sujets à
la réincarnation.
Le parfait doit également respecter trois carêmes de quarante jours
chaque année avec certains jours un jeune renforcé n'autorisant
que le pain et l'eau. Les parfaits doivent vivre à deux et travailler,
posséder leurs instruments de cuisson et les laver 5 fois. Il leur est
interdit de prêter serment.
d. L’alimentation des cathares
Les cathares pratiquaient trois carêmes de quarante
jours chacun par an. La première et la dernière semaine de ces
carêmes étaient jeûnées au pain et à l'eau.
Enfin toute l'année et dans ces 120 journées de carême,
les lundi, mercredi et vendredi étaient également jeûnés
au pain et à l'eau ! Les membres de la communauté cathare étaient
ensemble garants de l'observance des interdits et des préceptes de vie.
Les parfaites ou les parfaits ne pouvaient manger seuls, mais sous le contrôle
d'une compagne ou d'un compagnon.
Dans les maisons où ils étaient attendus, on veillait tout particulièrement
à la propreté "rituelle" de la vaisselle dans laquelle
ils mangeraient ou boiraient. Ces règles alimentaires et prescriptions
furent des moyens simples d'identifier les chrétiens cathares lors des
périodes de persécution et de traque ; il suffisait de leur proposer
des aliments interdits.
Comme rien ne fonde en Ecritures le nombre et la rigueur des jeûnes, pas
même d'ailleurs celui des chrétiens catholiques, on est tenté
d'assimiler les pratiques alimentaires cathares, flirtant avec les limites basses
des besoins physiologiques, à une véritable ascèse. Ce
qui ne signifie pas qu'en dehors des périodes les plus rigoureuses des
jeûnes mais à l'intérieur des précautions alimentaires
liées à l'interdiction absolue de toute nourriture d'origine animale
(hors les poissons, crustacés et coquillages) les chrétiens cathares
n'aient pas été des gourmets, voire des gourmands, comme le montre
leur goût tout particulier pour les pâtés de poisson que
leur offraient souvent les croyants.
Etre parfait demandait donc de très grands sacrifices sur le plan physiologique.
Je ne pense pas que de nos jours dans notre société, un tel mouvement
trouverait un écho favorable. Nous sommes dans une société
de confort où le moindre effort est évité. Il existe toujours
le carême chez les catholiques mais celui-ci n’est suivi que par
une minorité et n’est absolument pas comparable au régime
alimentaire des parfaits. Peut être qu’il existe encore des personnes
suivant un régime alimentaire très strict équivalent à
celui des parfaits pour des croyances religieuses mais en aucun cas dans notre
société. Peut être qu’en Asie les éveillés
suivent ce genre de régime alimentaire ?