L’attirance des populations locales pour le catharisme

Pourquoi, à l’époque où l’église catholique voit son influence grandir, les concepts et les pratiques cathares trouvent un écho très positif sur l’ensemble de la population du sud de la France. Sans renier l’église catholique, un grand nombre de personnes deviendront sympathisantes auprès des cathares. Pour certains, cette sympathie peut être d’origine économique. En effet, cette nouvelle «religion » ne perçoit pas la dîme ecclésiastique et ne fait pas payer ces sacrements. Pour d’autres, cette «religion » peut sembler beaucoup plus accessible spirituellement parlant. D’une part, les cathares parlait la langue du peuple plutôt que le latin et d’autre part le côté spirituel de la religion n’était pas la chasse garder des moines enfermés dans leurs monastères. Je crois que la religion cathare devait sembler plus proche à la population que ne l’était l’Eglise catholique. De plus, les cathares se faisaient appeler «les vrais chrétiens » ce qui à mon avis peut aider un individu à franchir le cap du changement de religion. En effet, devenir un vrai chrétien ne voulait peut être pas forcément signifier renier l’Eglise catholique.


L’état des lieux de l’église catholique de l’époque

Si l'Eglise a pu susciter l'élan des Chrétiens partant guerroyer en Palestine, elle s'est également installée comme pouvoir temporel possédant terres, abbayes et droits de taxation. Certes, dans l'insécurité du Moyen Age, les abbayes furent à la fois des lieux de sciences, de sécurité et de prospérité relative. Leur enrichissement (par les dons de chrétiens) devait toutefois entraîner diverses dérives qui lui furent à nouveau reprochées quelques siècles plus tard par un certain Luther.
Au XIIième siècle, l'Eglise voulut se réformer (réforme grégorienne) notamment à l'aide de grands ordres monastiques (CITEAUX). Les papes tentaient de se dégager de l'influence des princes. Pour établir leur domination morale, ils voulaient développer leur indépendance politique.
L’enracinement du catharisme en Languedoc fut tel que, dès le milieu du XIIième siècle, l’hérésie parut en passe de devenir religion d’état sur les terres du comte de Toulouse et de Foix, et du vicomte de Carcassonne. En 1145, Saint Bernard averti le Vatican de l’état catastrophique de l’église dans le midi. Suite à cela, force est de constater que l’église n’a plus du tout la main mise sur le sud de la France. La réaction, pacifique dans un premier temps, ne se fait pas attendre. Le Vatican envoie de nombreuses missions afin de réévangéliser le midi de la France. Mais l’hérésie est déjà bien en place. Les seigneurs locaux lui accordent leur protection et même certains membres du clergé font preuve de complaisance à son égard. L’hérésie se dévoile donc au grand jour et est en passe de devenir religion d’état. Face à cette révolte contre le pouvoir en place, l’église va décider d’employer les grands moyens. La croisade contre les Albigeois est ainsi née. Je ne crois qu’il faut seulement voir ici une raison religieuse dans la décision de lever une armée face aux hérétiques. En effet, les seigneurs du midi, appelés les rois sans couronne, possédaient un territoire constituant un véritable état tampon entre le royaume de France et l’Aquitaine anglaise. Peut-être que les seigneurs du midi ont pensé qu’accepter l’hérésie leur
permettrait d’asseoir leur pouvoir sur leurs terres. Néanmoins, le roi de France en acceptant de lancer une croisade dans le midi fit un choix politique d’importance. C’était pour lui le moyen d’agrandir son royaume en vassalisant les seigneurs du midi. C’était aussi pour lui l’occasion de
faire pression sur les anglais en devenant plus puissant. L’origine de la croisade contre les Albigeois fut donc la volonté de l’église et des seigneurs d’accroître leur pouvoir politique, religieux et terrien. On voit ici apparaître les grands défauts de l’homme, la convoitise, le pouvoir et la cupidité. Malheureusement la majorité des grands événements tragiques de notre Histoire voient leur origine dans l’un de ses défauts. Heureusement des hommes se sont toujours levés pour combattre l’injustice. Ne sommes nous pas là en présence de la notion du dualisme ?

La mise en place de l’inquisition

A partir de 1229, la lutte de l'Eglise contre les Cathares prit la forme de l'Inquisition, tribunal religieux d'exception. les tribunaux siégeaient dans les villes importantes et étaient constitués de deux prêtres qui avaient à leur disposition de nombreux traités juridiques pour les aider dans leur mission. Pour rechercher les suspects, les inquisiteurs pouvaient recourir à l'enquête générale ou à la citation individuelle. Dans le premier cas ils convoquaient la population entière d'une région, chacun devait faire une déposition. Pour une comparution individuelle, le suspect devait s'engager sous serment à révéler tout ce qu'il savait sur l'hérésie. Un notaire rédigeait en latin les réponses du suspect, le texte était ensuite traduit en occitan à l'accusé qui devait s'en remettre entièrement à la volonté de l'inquisiteur. Pour faire avouer les récalcitrants de nombreux moyens de contrainte étaient employés : convocations nombreuses, incarcérations, délation, tortures. Les peines encourues allaient des pénitences ordinaires (fustigation, pèlerinage, entretien d'un pauvre...), à la réclusion à perpétuité. Les hérétiques opiniâtres étaient abandonnés à l'autorité civile qui les conduisaient au bûcher. Cette mesure était cependant assez exceptionnelle.
La puissance de l'Inquisition en France a été tempérée par le pouvoir civil et les abus de pouvoir de certains inquisiteurs ont été réprimés par la papauté. L'Inquisition a assuré jusqu'au XVIème siècle, la police de la foi, au profit de l'Eglise aussi bien que de l'état.
La première forme d’Inquisition apparue lorsque le pape Lucius III prononça l'excommunication (1184) contre les cathares, il chargea les évêques de faire les enquêtes et de remettre les coupables au pouvoir laïc. Les peines en vigueur étaient alors l'emprisonnement et la confiscation. En 1232, le pape Grégoire IX dessaisit les tribunaux épiscopaux, qu'il juge trop complaisants, pour confier la responsabilité des enquêtes aux frères prêcheurs (dominicains) auxquels les franciscains seront plus tard associés. Ils ne dépendent que du pape. On verra le terrible inquisiteur champenois Robert le Bougre être suspendu en 1234, remis en fonction en 1235 et définitivement démis de ses fonctions et condamné en 1241.
En 1252, est autorisé l'usage de la question (torture) sous condition qu'elle ne mit pas en péril ni la vie, ni l'intégrité physique des accusés et qu'il y eut commencement de preuve. Confiée d'abord au bras séculier, elle passe en 1262 aux mains des inquisiteurs. L'inquisition cesse au Languedoc avec la fin de l'hérésie cathare (XIVième siècle).
A première vue l’Inquisition apparaît comme un instrument de conditionnement de la pensé qui me semble être une atteinte très grave à la liberté de tout un chacun. Mais ce qui paraît vrai de nos jours ne l’était peut être pas dans le passé. N’oublions pas que la société médiévale reposait complètement sur la religion et que la foi chrétienne était un des principaux fondements de cette société. Je pense que condamner l’Inquisition, c’est faire abstraction de la société dans laquelle elle a existé. Evidemment je ne l’accepte pas mais je la comprends. On ne peut pas à un moment donné remettre entièrement une société en cause car cela peut inspirer de grandes peurs et craintes de la part de ceux qui s’y complaisent. Les cathares en reniant l’Eglise catholique ont subi les peurs et les craintes de celle-ci mais également du pouvoir royal. Or souvent, on cache nos peurs derrière un comportement violent et agressif. Je me plais à observer notre société actuelle en constatant les difficultés à imposer des changements sur la vie quotidienne de la population. A chaque fois on observe des démonstrations de force dans la rue avec parfois des rixes envers les forces de l’ordre. En se replaçant dans le contexte médiéval, l’apparition d’une nouvelle religion telle que le catharisme me paraît incroyable. Je comprends alors la raison de l’apparition de l’Inquisition et des croisades.

 

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